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DECEMBRE 2004
Quand
le carrefour de la musique rencontre celui de la littérature
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Hugues
Barrière
|
| Une
double première pour la 23e édition de la Foire
du livre de Brive qui s’est déroulée début
novembre : un stand consacré aux musiques actuelles et
un prix décerné par le magazine Compact Crossroad
- carrefour en anglais - . Rencontre avec Hugues Barrière*,
chroniqueur de ce magazine et initiateur de ces deux nouveautés
dans l’enceinte des mots.
En collaboration avec Brive Magazine.
Brive
magazine : Qu’est-ce qui a amené
Crossroad à Brive ?
Hugues Barrière : Notre volonté
est de mettre en lumière un secteur éditorial en
plein essor, celui du livre sur la musique actuelle. Un secteur
qui offre aujourd’hui des essais et des biographies, bref
toute une littérature sur différents styles musicaux,
qui sont de plus en plus nombreux et d’une rare qualité.
Cette production n’est plus seulement dûe à
des auteurs anglais ou américains - donc traduite en français
- mais à des auteurs hexagonaux, eux aussi spécialistes
de ces musiques rock, reggae, blues, rythm’n blues ou encore
soul et folk, capables d’écrire avec style. Autant
de livres qui ne s’adressent plus nécessairement
au fan mais à tous les publics. Aujourd’hui, certaines
biographies se lisent comme de bons romans. Il s’agit bien
de littérature !
B.M : Quelle est la ligne éditorial
du magazine Compact Crossroad ?
H.B : Comme son nom l’indique, Crossroad
essaie d’être au carrefour de toutes les musiques
issues du blues. Mensuel écrit par des passionnés,
de la France entière, il se veut avant tout éclectique,
avec la volonté d’avoir une vision positive - ce
qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas critique -
sur la création musicale actuelle.
B.M : Crossroad c’est aussi désormais
un prix ...
H.B : Tout à fait. Ce premier prix du
« Livre sur la musique » de la Foire du livre de Brive
a été remis à Stéphane Koechlin
pour son ouvrage sur Bob Dylan « Bob Dylan, épitaphes
11 : biographie (Flammarion). Dix livres étaient
en lice et celui de Stéphane a remporté tous les
suffrages de la rédaction. Sur fond d’une biographie
très fouillée et documentée, ce livre propose
une approche tout à fait originale. L’auteur a, en
effet, imaginé les dialogues et les situations de l’intimité
de Dylan. Ce qui est un joli pied de nez à l’histoire
quand on sait que Bob Dylan a passé sa vie a brouillé
les pistes derrière lui et a ne pas vouloir communiquer
sur sa vie privée. Cette histoire ainsi façonnée
avec le talent de Stéphane Koechlin nous permet de suivre
la saga Dylan comme on lit un roman.
Patrick COUTANT
* Hugues Barrière est aussi l’auteur d’une
excellente biographie sur Bruce Springsteen aux éditions
Castor Astral.
Lire aussi l’interwiew de Hugues Barrière, chroniqueur
musical du magazine Compact-Crossroad et président
du jury du Prix du livre sur la musique.


Stéphane Koechlin |
Bob
Dylan – Epitaphes 11
par Stéphane
Koechlin (Flammarion). 23 euros – 491 pages.
Une somme + un régal = une référence.
Voici sans aucun doute la bio de l’été
! Celle que vous ne voudrez plus quitter de toutes vos vacances,
de la chaise longue au bord de la piscine et de la piscine
au canapé, vous projetant au cœur de l’intimité
pourtant jalousement préservée du grand Bob
Dylan, et vous faisant jurer, cette fois-ci c’est
certain, d’investir dès la rentrée,
si ce n’était pas déjà fait,
dans l’intégrale en CD et DVD des œuvres
du Zim (d’autant que des remasters des albums mythiques
viennent d’être récemment réédités
chez Columbia). Décrivant ses rencontres, exprimant
ses pensées, réécrivant des dialogues
d’une crédibilité inouïe, Stéphane
Koechlin reconstitue, non sans une certaine audace mais
avec beaucoup de talent, la vie et la carrière du
chanteur, comme s’il avait fait partie du cercle de
ses intimes depuis tout ce temps, nous plongeant there and
then, au cœur de la légende. Partant des 11
Outlined Epitaphs (11 épitaphes esquissées)
écrites par Dylan dans le livret de l’album
The Times They Are A-Changing et de la propre « auto-épitaphe
» du chanteur (parue dans son livre Tarantula), il
proclame d’une certaine façon l’immortalité
de ce génie rescapé de sa propre vie, obsédé
par l’idée de sa mort et profondément
marqué par les nombreuses disparitions d’amis,
de disciples ou de maîtres qu’il aura croisés
sur sa route, au point d’en repousser le terme symbolique
au moyen d’un Never ending tour au parfum d’éternité.
Mettant en relief les contradictions de ce personnage prophétique
à bien des égards (social, idéologique,
musical) autant que l’inspiration mystique voire religieuse
d’une partie de son œuvre, Stéphane Koechlin
réussit à saisir simultanément la dimension
universelle du mythe Dylan et les ressorts profonds de l’homme
:de son ambition artistique démesurée à
sa capacité à trahir ou abandonner derrière
lui ceux qui lui auront été les plus fidèles
ou les plus précieux, de sa rencontre initiatique
avec Woody Guthrie à la séparation d’avec
son manager Albert Grossman, de ses mélodies volées
(« don’t think twice, it’s allright »)
à son fameux concert du 17 mai 1966 au Royal Albert
Hall de Londres, où après un premier set solo
et acoustique, il fait venir ses Hawks pour un second set
électrique devenu légendaire (« play
it fucking loud ! »). Réalisant un ouvrage
très complet – auquel il ne manque en annexe
qu’un index des noms cités –, résultant
inévitablement d’un gros travail de documentation
et d’une belle inspiration, Stéphane Koechlin,
évitant tous les écueils habituels du genre,
réussit à trouver le dosage parfait entre
les aspects purement biographiques, l’éclairage
d’un processus créatif et d’une œuvre
foisonnante et génératrice d’une influence
déterminante, et leur mise en perspective à
travers la description et la compréhension du contexte
de cette époque. Un voyage merveilleux dans la légende,
au-delà de la mort et du temps. Un coup de maître,
à la hauteur du sujet.
Hugues
Barrière avec l'autorisation du magazine
Compact
Crossroad |
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SEPTEMBRE 2004
VAN
MORRISON
"Astral weeks"
Un
chanteur, guitariste, saxophoniste et harmoniciste considéré
à juste titre comme un des meilleurs interprètes
de blues, soul et jazz en activité.
En concert à l'Olympia le 16 juin.
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"Ce
qu’il fait dépasse les limites de notre monde. Cela
n’a rien à voir avec ce qui se trame à la
surface" Bono (U2).
" Je sais que j’achèterai toujours son dernier
album les yeux fermés. Les disques qui comptent, on y revient
toujours inlassablement. Aujourd’hui je peux écouter
Astral Weeks avec la même passion qu’il y a vingt
ans" Nick Cave.
"J’écoute ses disques depuis toujours. Ils
accompagnent ma vie, lui donnent de l’âme quand elle
en manque" Maria Mc Kee (ex-Lone Justice).
Mais quel est donc cet homme idolâtré de la sorte
et repris par des artistes tels que Costello, Springsteen, Mike
Scott des Waterboys ou encore Kevin Rowland des Dexys Midnight
Runners ?
Un chanteur, guitariste, saxophoniste et harmoniciste considéré
à juste titre comme un des meilleurs interprètes
de blues, soul et jazz en activité. Ce personnage atypique
n’est autre que Van Morrison, "ogre irlandais et
géant d’Erin" (Francis Dordor), et qui
"avec Bob Dylan, demeure l’un des artistes les
plus inspirés et les plus influents du rock"
(Michka Assayas).
Back to the roots
George Ivan Morrison naît à Belfast le 31/08/45 d’une
mère ancienne chanteuse de jazz et d’un père
ouvrier, fervent collectionneur de disques de blues et de jazz.
Avec une telle hérédité, autant dire que
la carrière du petit Van semble déjà toute
tracée : il sera musicien et rien d’autre. A 15 ans,
il quitte l’école pour rejoindre les Monarchs et
part sur les routes. De retour à Belfast, il fonde le groupe
Them. On connaît la suite. Cette formation rythm’n’blues
du milieu des années 60 est passée depuis à
la postérité. Là où les Stones tranchaient
par la grâce et le félin doigté du blues,
les Them plongeaient quant à eux dans la transe religieuse.
Des titres tels que "Mystic eyes", "Here comes
the night", "It’s all over now baby blue"
et surtout l’immense "Gloria" en contestent
encore aujourd’hui. (J’en veux pour preuve l’emprunt
de "Gloria" par un autre shaman de renom répondant
lui aussi au doux patronyme de Morrison, celui des Doors).
Fin 66, Van Morrison quitte le groupe et se lance dans l’aventure
musicale en solitaire cette fois-ci.
Astral Weeks
En 68, il n’a que 23 ans lorsqu’il signe son véritable
premier album solo "Astral Weeks". Nous y voilà.
C’est l’album de la transformation, celui qui va changer
la face du rock et susciter tant de vocations. Enregistré
aux Etats-Unis avec des musiciens de jazz, on y entend flûte,
cordes, contrebasse, clavecin au travers de longues pièces
hypnotiques, possédées, déchirées
par sa voix de ciguë inimitable. La colère de l’Irlandais
bougon, têtu et obstiné des débuts a laissé
la place à l’apaisement mais aussi à la nostalgie.
"Astral Weeks" est un chef d’œuvre
inépuisable, "un des cinq plus grands disques
de rock jamais enregistrés" (Lester Bangs). Un
éclair de pur génie dans lequel Van tutoie les étoiles,
un disque religieux empreint d’extase mystique et de pure
poésie à la manière de James Joyce, poète
irlandais tout comme lui.
Deux années plus tard sortira "Moondance",
un album moins aventureux et moins tourmenté mais beaucoup
plus varié, qui fixera à jamais son style et cristallisera
toutes ses influences : blues, soul, jazz, gospel. Influences
que l’on retrouvera tout au long de sa discographie pléthorique
(plus d’une vingtaine d’albums sur trente ans de carrière)
à travers laquelle il s’évertuera à
creuser le même sillon avec plus ou moins de bonheur mais
avec toujours cette voix habitée, intense faisant de lui
l’un des meilleurs chanteurs de soul de tous les temps.
" Je sais que certains de ses albums sont meilleurs que
d’autres, mais moi je n’entends que sa voix. Une voix
dont le son en lui-même est déjà une chanson,
avec du volume et de l’âme. C’est pour ça
que toutes les chansons de Van Morrison sont magnifiques quelle
que soit la période." David Thomas (Pere Ubu).
Bel hommage.
Pierre Couégnas
Discographie sélective
Them
The Story of Them (compilation)****
Van Morrison
The Best of Van Morrison (vol 1) ****
Astral Weeks ****
Moondance ****
Tupelo Honey ***
Beautiful Vision ***
Veedon Fleece ***
Qualité musicale
*** Excellent
**** Chef-d’oeuvre |
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AVRIL 2004
BRIAN
WILSON
"Le Concert :
Good Vibrations !"
Olympia
– Paris -14 Mars : Brian Wilson is in town, ce qui déjà
n’est pas une mince affaire en soi. Imaginez, jamais encore
à ce jour, il n’avait foulé le sol français.
Qui plus est pour y jouer « Smile », album concocté
en 67, mais qui, pour diverses raisons sur lesquelles je reviendrai,
ne verra jamais le jour.
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Autant
dire que ce dimanche-là (pur hasard du calendrier ou
signe des dieux?) paraît être placé sous
les meilleurs auspices pour nous permettre d’assister à
une grande messe voire à un miracle musical. D’ailleurs,
la présence de plus de 2000 âmes païennes venues
s’agglutiner devant ce lieu mythique, boulevard des Capucines,
le cœur haletant et la gorge serrée, tend à
elle seule à nous confirmer, s’il en était
encore besoin, de l’importance de l’événement.
Un peu d’histoire :
Brian Wilson a 24 ans lorsqu’il décide de donner
une suite à « Pet Sounds », album
de la maturité et chef-d’œuvre inégalé
truffé d’harmonies vocales plus somptueuses les unes
que les autres. Nous sommes en 1967 et cette époque voit
alors les Beach Boys et les Beatles se livrer à une lutte
sans merci pour l’obtention du titre tant convoité
de « rois de la pop ». Malheureusement, cette
surenchère sera fatale à Brian. Décidé
à placer la barre toujours plus haut, il travaille seul
sur ce qu’il considère comme sa grande œuvre
: une symphonie juvénile adressée à Dieu
(« a teenage symphony to God » selon ses
propres termes) répondant au doux nom de « Smile
», album réalisé à partir de collages
sonores. Mais les problèmes psychiques de son auteur, les
reproches des autres membres du groupe et le retard s’accumulant
viendront anéantir de plein fouet ce projet démesuré.
Le mythe est né.
Retour vers le futur :
Il est 20h30 pétantes lorsque le cerveau des Beach Boys
investit la scène de l’Olympia accompagné
d’une dizaine de musiciens pour un set acoustique, ambiance
feu de camp, sorte de remake de « Beach Boys Party ».
Le bonheur est total, les voix sont sublimes et les classiques
s’enchaînent pour notre plus grand plaisir et ce pendant
plus d’une heure.
Nous n’avons pas vu le temps passer et c’est déjà
l’entracte. Une section de cuivres et de cordes avait rejoint
Brian et les siens en fin de premier set, et ce n’est pas
moins de dix-neuf musiciens à présent qui attendent
un signe du maître pour entamer cette symphonie inachevée
qui prend alors l’allure de Saint Graal.
« Our prayer », le morceau d’ouverture
débute et nous voilà transportés pour quarante
- cinq minutes dans un univers inconnu, découpé
en trois mouvements distincts, conçu il y a près
de trente-sept ans. Forcément étrange et bouleversant,
mêlant psychédélisme, minimalisme, grandiloquence,
astuces sonores voire bruitistes… Nous ne sommes peut-être
pas prêts, mais nos enfants vont adorer. Pure magie.
Il y aura des rappels, nombreux et tubesques en diable (cf
liste) pour nous permettre tout doucement de redescendre
sur terre. Mais la tête est déjà ailleurs,
très loin… Dans les étoiles.
Pierre Couégnas
La bio de Brian Wilson (Icônes
- mars 2004)
Tracklisting du Concert de l’Olympia
Our prayer (1)
Surfer Girl
Row, row, row your boat (1)
Please Let me wonder
Welcome
All Summer long
Row, row, row your boat (2)
California Girls
Don't worry baby
God only knows
Soul Searching
Pet Sounds
Do it again
Entracte
SMILE
Our prayer (2)
Heroes and villains
Do you like worms
Barnyard
Old master painter
You are my sunshine
Cabinessence
Wonderful
Look
Child is father of the man
Surf's Up
I’m in great shape
I wanna be around
Workshop
Vegetable
Holidays
Wind chimes
Mrs O’Leary’s cow
Love to say dada
Blue Hawaii
Good Vibrations
Rappels :
Dance, dance, dance
Help me Rhonda
I get around
Barbara Ann
Sloop John B
Surfin' USA
Fun fun fun
Love and mercy
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MARS 2004
THE
BEACH BOYS
"la vie de Brian"
Raconter
de manière exhaustive l’histoire plus que mouvementée
des Beach Boys et de son leader Brian Wilson sur plus d’une
trentaine d’années de carrière pourrait
faire l’objet d’un livre, voire de deux. Ce qui
nécessiterait un arrêt complet de mes activités
professionnelles (demande auprès de mon employeur d’un
congé sabbatique) sans savoir si je serais en mesure
de réaliser une biographie de qualité (je ne m’en
crois pas capable !). De plus, je ne sais absolument pas comment,
pendant la période de réalisation de cet ouvrage,
je pourrai subvenir à mes besoins (six mois, un an ?).
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|
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Que
de doutes et d’inquiétudes !
Enfin, je ne vais pas me plaindre puisqu’ après avoir
évoqué précédemment pour cette rubrique
des icônes, les décès de John Entwistle, bassiste
des Who, et de Joey Ramone, chanteur des Ramones, faisant de moi
au passage un spécialiste de la nécrologie, un oiseau
de mauvais augure, voire un assureur croque-mort (ce qui me vaut
entre autres quolibets et moqueries de la part de mes camarades
d’association), il sera question ici d’un retour à
la vie, à la lumière. La renaissance d’un
génie torturé qui aurait très bien pu collaborer
à l’écriture du dernier livre de Philippe
Labro « Tomber sept fois, se relever huit »,
témoignage émouvant, évoquant à la
fois sa longue dépression et le bonheur de recouvrer enfin
la santé.
Les Beach Boys, c’est Michka Assayas qui
en parle le mieux : « Aucun groupe américain
n’a connu, dans le courant des années 60, de plus
grand succès. Sous la houlette du compositeur, arrangeur
et producteur Brian Wilson, cette formation vocale connut l’apogée
de sa popularité vers la fin de l’année 1966
avec sa chanson « Good Vibrations ». Longtemps
méprisés pour avoir incarné une certaine
niaiserie californienne associée aux plaisirs de la mer,
les Beach Boys commencent enfin aujourd’hui à être
placés au rang qu’ils méritent : celui des
plus grands créateurs du rock des années 60, à
égalité avec les Beatles, grâce à leur
fraîcheur, leur sens de l’invention et leur musicalité
inégalée. Même si le groupe, à partir
du début des années 70, a décliné
jusqu’à devenir l’ombre de lui-même,
il a su évoquer, à travers des chansons qui touchent
au sublime, la joie explosive comme la tristesse, propres à
la jeunesse » (Dictionnaire du Rock).
Tout est dit. Inutile de revenir sur la beauté de leur
musique sucrée mélangeant rock’ n roll basique
et harmonies vocales influencées par les arrangements a
capella. Ce qui est passionnant et stupéfiant dans
le personnage de Brian Wilson (californien, né le 20/06/1942),
c’est d’avoir créé en 1961 un groupe
pour bimbos bronzées, surfeurs bêtas passionnés
par les sports de glisse et de n’avoir jamais mis les pieds
à la plage.
D’avoir chanté les plaisirs de la vie au grand air,
du soleil, de s’être affiché comme un champion
hors-pair du bonheur et de la joie de vivre et de n’avoir
connu tout au long de son existence que dépressions à
répétitions, mal de vivre, troubles psychiques,
alité dans sa chambre derrière des volets clos.
Un père tortionnaire, une mère alcoolique, un frère
détruit par la drogue et l’alcool, mort noyé,
le despotisme d’un psychiatre, une lutte fratricide, une
pluie de procès… Voilà les événements
dramatiques qui ont jalonné la vie de cet artisan intuitif
de la musique, Beethoven primitif, qui plus est sourd d’une
oreille, autodestructeur, revenu plusieurs fois de la mort et
de la maladie mentale.
Quel tableau !… Ah, au fait, j’allais oublier…
il y a une bonne nouvelle… il est vivant et il n’est
pas content !
Il sera à l’Olympia le 14 mars prochain
pour un concert exceptionnel auquel se rendra votre serviteur
afin de vous donner très prochainement son dernier bulletin
de santé.
Pierre Couégnas
Discographie séléctive
Brian Wilson
Brian Wilson (1988) ****
The Beach Boys
Smiley Smile ***
Party ****
Friends ***
Pet Sounds ****
Today ***
Summer Days ***
Surfin’ Safari ***
Surfin’ USA ***
Qualité
musicale
*** Excellent
**** Chef-d’oeuvre
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FEVRIER 2004
THE
RAMONES
Le
15 avril 2001, Joey Ramone, né en 1951, décède
à l'hôpital d'un cancer à l' âge de
49 ans dont 22 consacrés corps et âme à son
groupe. Un bonheur ou un malheur n'arrivant jamais seul comme
le dit l'adage, Dee Dee Ramone nous quittera quelques mois plus
tard. Tous deux dans l'indifférence générale.
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Or,
à l'heure où la scène New-Yorkaise est plus
que jamais vivace avec les Strokes, Jon Spencer Blues Explosion
et autre Liars, un coup de projecteur sous forme d'hommage aux Ramones
nous paraissait indispensableafin de rétablir certaines vérités
sur cette institution du rock.
En effet, ce quatuor à perfecto fut emblématique d'une
époque (1976, l'explosion punk), d'un endroit (le CBGB, New
York et ses groupes et artistes mythiques : Television, New York
Dolls, Talking Heads, Patti Smith) mais aussi d'un état d'esprit
(révolte contre l'establishment). Car le punk est bel et
bien né à New York, n'en déplaise aux Anglais,
et ce un an avant l'éclosion de leur groupe phare : les Sex
Pistols.
Faux frères (le nom est une pure invention) mais vrais amis,
les quatre pieds nickelés (Joey, chant, Johnny, guitare,
Dee Dee, basse et Tommy, batterie), sont originaires de Forest Hills,
un quartier du district du Queens à New York. En 1974, ils
forment les Ramones. Leurs influences sont Chuck Berry, les Beach
Boys, le rock garage et les bandes dessinées. Très
vite, ils s'inventent une dégaine : jeans troués,
baskets élimées, tee-shirt rudimentaire, blouson en
cuir noir et coupe de cheveux mi-longs. Musicalement, ils feront
de leurs limites un style à part entière : morceaux
joués à deux cents à l'heure à un volume
sonore défiant toute concurrence, n'excédant pas souvent
une minute trente et reposant sur trois accords répétitifs.
Quant aux textes, ils évoquent pour la plupart l'aliénation
mentale ou l'amour béat avec toujours l'humour et la dérision
nihilistes comme thèmes récurrents.
Pendant plus de vingt ans et ce jusqu'en 1996, l'année de
la séparation du groupe, ils vont asséner leur punk
rock coup de poing sur toutes les scènes du monde, forts
d'albums mythiques : The Ramones, Rocket to Russia, It's alive,
de brûlots incandescents : Blitzkrieg bop, Sheena is à
punk rocker, Now i wanna sniff some glue ou de slogans ravageurs
comme Hey ho, let's go ou autre Gabba Gabba Hey.
Cependant, et c'est tout le dilemne de ce groupe ; les Ramones n'auront
jamais véritablement rencontré l'adhésion unanime
du grand public et des rock critiques, les jugeant trop superficiels
et trop peu sérieux à leurs yeux.
Pourtant, en ce qui nous concerne, ce manque de reconnaissance explique
pourquoi les Ramones seront toujours aussi proches et aussi importants.
Dans nos coeurs et nos esprits d'abord pour avoir perpétué
un rock juvénile, adolescent et jouissif, répondant
à l'essence même de ce qu'est le rock.
Enfin, par le simple fait que l'évocation des Ramones, outsiders
au grand cœur, nous renverra toujours à nos plus belles
années d'adolescence faites d'insouciance, d'innocence et
de candeur.
Pour tout cela, qu'ils en soient à jamais remerciés.
Pierre Couégnas |
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JANVIER 2004
THE
WHO
UN
28 JUIN 2002 PLUVIEUX
SUR
« LA PROMENADE DES ANGLAIS »
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R.
I .P
John Entwistle n’est plus. Le fabuleux bassiste des Who a
quitté le monde du rock emporté par une « banale
» crise cardiaque (triste ironie du sort pour celui qui était
la pulsation rythmique d’un groupe incandescent, fiévreux
et fusionnel).
Sombre destin au moment même où les Who, forts d’une
tournée plus que réussie entamée en 2001 et
qui nous les montrait plus vivants que jamais (le DVD du Royal Albert
Hall en témoigne - ultime document visuel à présent
et testament scénique irréprochable), s’apprêtait
à reprendre la route avec la promesse d’un nouvel album
attendu par les fans depuis près de 20 ans !!!
Un
peu d’histoire
Tout a été dit sur les Who ou presque. Groupe londonien,
symbole du mouvement mod à ses débuts et créateur
d’un rock purement anglais enfilant d’innombrables brûlots
punk avant l’heure (my generation, i can’t explain,
substitute, anyway anyhow anywhere) et principaux rivaux des Stones
au titre de meilleur groupe de rock du monde pour tous ceux qui
ont eu la chance de les voir sur scène, ils furent aussi
les initiateurs d’opéras rocks tels que Tommy ou encore
Quadrophenia.
Formation charnelle et paroxystique emmenée par Pete Townshend,
songwriter et guitariste fougueux aux prodigieux moulinets, Roger
Daltrey, et ses poumons d’airain, John Entwistle, bassiste
hors pair, et enfin Keith Moon, batteur extraterrestre au jeu volcanique
; ils sont ceux qui ont le plus influencé les groupes garage
américains. De plus, ils ont marqué de leur empreinte
indélébile le mouvement musical punk-rock tant par
leur attitude d’agressivité et de rébellion
incontrôlée - de « hope i die before get old
» -‘’my generation’’- (hymne intemporel
et symbole condensé de la frustration adolescente) à
« meet the new boss same as the old boss » -‘’won’t
get fooled again’ - (terrible aveu d’une révolution
avortée et brisée par une société conformiste
à laquelle personne ne peut échapper) - que par les
furies et les fulgurances sonores ébauchées en public.(live
at Leeds, Woodstock, Isle of Wight)
Epilogue
Interrogé récemment lors d’une interview sur
l’importance des Who dans l’univers du rock, Pete Townshend
répondait qu’il considérait son groupe comme
mineur au regard des Stones et autres mastodontes Anglo –
saxons. Ultime pirouette ou fausse modestie de la part de ce parolier
au regard si aiguisé sur le monde et commandant en chef du
combo le plus fougueux de l’histoire si tôt amputé
par la mort de Keith Moon et depuis peu, par la disparition de cet
être exemplaire qu’était John Entwistle ?Car
il faut bien le reconnaître, intrinsèquement et ce
depuis plus de trente ans, personne n’aura aussi bien incarné
qu’eux tout ce qui constitue les fondements du rock au plus
profond de nos tripes et par la même tout ce qui nous renvoie
à nos propres vies : la solitude, le manque de communication,
la frustration, la violence, la perte, l’abandon, l’urgence
qu’impose la brièveté de notre existence…En
somme une visite guidée dans le tréfonds de nos propres
âmes.Alors, les Who simple groupe de rock ? Peut-être
après tout …Mais dans notre monde uniforme et sans
aspérités, à l’heure du politiquement
correct et de la terrible hypocrisie de la pensée unique,
c’est peu certes mais c’est déjà beaucoup.
Who’s
next ?
Pierre Couégnas
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