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> DECEMBRE 2004

Quand le carrefour de la musique rencontre celui de la littérature

Hugues Barrière

Une double première pour la 23e édition de la Foire du livre de Brive qui s’est déroulée début novembre : un stand consacré aux musiques actuelles et un prix décerné par le magazine Compact Crossroad - carrefour en anglais - . Rencontre avec Hugues Barrière*, chroniqueur de ce magazine et initiateur de ces deux nouveautés dans l’enceinte des mots.

En collaboration avec Brive Magazine.

Brive magazine : Qu’est-ce qui a amené Crossroad à Brive ?
Hugues Barrière : Notre volonté est de mettre en lumière un secteur éditorial en plein essor, celui du livre sur la musique actuelle. Un secteur qui offre aujourd’hui des essais et des biographies, bref toute une littérature sur différents styles musicaux, qui sont de plus en plus nombreux et d’une rare qualité. Cette production n’est plus seulement dûe à des auteurs anglais ou américains - donc traduite en français - mais à des auteurs hexagonaux, eux aussi spécialistes de ces musiques rock, reggae, blues, rythm’n blues ou encore soul et folk, capables d’écrire avec style. Autant de livres qui ne s’adressent plus nécessairement au fan mais à tous les publics. Aujourd’hui, certaines biographies se lisent comme de bons romans. Il s’agit bien de littérature !

B.M : Quelle est la ligne éditorial du magazine Compact Crossroad ?
H.B : Comme son nom l’indique, Crossroad essaie d’être au carrefour de toutes les musiques issues du blues. Mensuel écrit par des passionnés, de la France entière, il se veut avant tout éclectique, avec la volonté d’avoir une vision positive - ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas critique - sur la création musicale actuelle.

B.M : Crossroad c’est aussi désormais un prix ...
H.B : Tout à fait. Ce premier prix du « Livre sur la musique » de la Foire du livre de Brive a été remis à Stéphane Koechlin pour son ouvrage sur Bob Dylan « Bob Dylan, épitaphes 11 : biographie (Flammarion). Dix livres étaient en lice et celui de Stéphane a remporté tous les suffrages de la rédaction. Sur fond d’une biographie très fouillée et documentée, ce livre propose une approche tout à fait originale. L’auteur a, en effet, imaginé les dialogues et les situations de l’intimité de Dylan. Ce qui est un joli pied de nez à l’histoire quand on sait que Bob Dylan a passé sa vie a brouillé les pistes derrière lui et a ne pas vouloir communiquer sur sa vie privée. Cette histoire ainsi façonnée avec le talent de Stéphane Koechlin nous permet de suivre la saga Dylan comme on lit un roman.
Patrick COUTANT

* Hugues Barrière est aussi l’auteur d’une excellente biographie sur Bruce Springsteen aux éditions Castor Astral.

Lire aussi l’interwiew de Hugues Barrière, chroniqueur musical du magazine Compact-Crossroad et président du jury du Prix du livre sur la musique.

 

Stéphane Koechlin

Bob Dylan – Epitaphes 11
par Stéphane Koechlin (Flammarion). 23 euros – 491 pages.

Une somme + un régal = une référence. Voici sans aucun doute la bio de l’été ! Celle que vous ne voudrez plus quitter de toutes vos vacances, de la chaise longue au bord de la piscine et de la piscine au canapé, vous projetant au cœur de l’intimité pourtant jalousement préservée du grand Bob Dylan, et vous faisant jurer, cette fois-ci c’est certain, d’investir dès la rentrée, si ce n’était pas déjà fait, dans l’intégrale en CD et DVD des œuvres du Zim (d’autant que des remasters des albums mythiques viennent d’être récemment réédités chez Columbia). Décrivant ses rencontres, exprimant ses pensées, réécrivant des dialogues d’une crédibilité inouïe, Stéphane Koechlin reconstitue, non sans une certaine audace mais avec beaucoup de talent, la vie et la carrière du chanteur, comme s’il avait fait partie du cercle de ses intimes depuis tout ce temps, nous plongeant there and then, au cœur de la légende. Partant des 11 Outlined Epitaphs (11 épitaphes esquissées) écrites par Dylan dans le livret de l’album The Times They Are A-Changing et de la propre « auto-épitaphe » du chanteur (parue dans son livre Tarantula), il proclame d’une certaine façon l’immortalité de ce génie rescapé de sa propre vie, obsédé par l’idée de sa mort et profondément marqué par les nombreuses disparitions d’amis, de disciples ou de maîtres qu’il aura croisés sur sa route, au point d’en repousser le terme symbolique au moyen d’un Never ending tour au parfum d’éternité. Mettant en relief les contradictions de ce personnage prophétique à bien des égards (social, idéologique, musical) autant que l’inspiration mystique voire religieuse d’une partie de son œuvre, Stéphane Koechlin réussit à saisir simultanément la dimension universelle du mythe Dylan et les ressorts profonds de l’homme :de son ambition artistique démesurée à sa capacité à trahir ou abandonner derrière lui ceux qui lui auront été les plus fidèles ou les plus précieux, de sa rencontre initiatique avec Woody Guthrie à la séparation d’avec son manager Albert Grossman, de ses mélodies volées (« don’t think twice, it’s allright ») à son fameux concert du 17 mai 1966 au Royal Albert Hall de Londres, où après un premier set solo et acoustique, il fait venir ses Hawks pour un second set électrique devenu légendaire (« play it fucking loud ! »). Réalisant un ouvrage très complet – auquel il ne manque en annexe qu’un index des noms cités –, résultant inévitablement d’un gros travail de documentation et d’une belle inspiration, Stéphane Koechlin, évitant tous les écueils habituels du genre, réussit à trouver le dosage parfait entre les aspects purement biographiques, l’éclairage d’un processus créatif et d’une œuvre foisonnante et génératrice d’une influence déterminante, et leur mise en perspective à travers la description et la compréhension du contexte de cette époque. Un voyage merveilleux dans la légende, au-delà de la mort et du temps. Un coup de maître, à la hauteur du sujet.
Hugues Barrière avec l'autorisation du magazine Compact Crossroad

 

 

 

> SEPTEMBRE 2004

VAN MORRISON

"Astral weeks"

Un chanteur, guitariste, saxophoniste et harmoniciste considéré à juste titre comme un des meilleurs interprètes de blues, soul et jazz en activité.

En concert à l'Olympia le 16 juin.

 

"Ce qu’il fait dépasse les limites de notre monde. Cela n’a rien à voir avec ce qui se trame à la surface" Bono (U2).

" Je sais que j’achèterai toujours son dernier album les yeux fermés. Les disques qui comptent, on y revient toujours inlassablement. Aujourd’hui je peux écouter Astral Weeks avec la même passion qu’il y a vingt ans" Nick Cave.

"J’écoute ses disques depuis toujours. Ils accompagnent ma vie, lui donnent de l’âme quand elle en manque" Maria Mc Kee (ex-Lone Justice).

Mais quel est donc cet homme idolâtré de la sorte et repris par des artistes tels que Costello, Springsteen, Mike Scott des Waterboys ou encore Kevin Rowland des Dexys Midnight Runners ?
Un chanteur, guitariste, saxophoniste et harmoniciste considéré à juste titre comme un des meilleurs interprètes de blues, soul et jazz en activité. Ce personnage atypique n’est autre que Van Morrison, "ogre irlandais et géant d’Erin" (Francis Dordor), et qui "avec Bob Dylan, demeure l’un des artistes les plus inspirés et les plus influents du rock" (Michka Assayas).

Back to the roots
George Ivan Morrison naît à Belfast le 31/08/45 d’une mère ancienne chanteuse de jazz et d’un père ouvrier, fervent collectionneur de disques de blues et de jazz. Avec une telle hérédité, autant dire que la carrière du petit Van semble déjà toute tracée : il sera musicien et rien d’autre. A 15 ans, il quitte l’école pour rejoindre les Monarchs et part sur les routes. De retour à Belfast, il fonde le groupe Them. On connaît la suite. Cette formation rythm’n’blues du milieu des années 60 est passée depuis à la postérité. Là où les Stones tranchaient par la grâce et le félin doigté du blues, les Them plongeaient quant à eux dans la transe religieuse. Des titres tels que "Mystic eyes", "Here comes the night", "It’s all over now baby blue" et surtout l’immense "Gloria" en contestent encore aujourd’hui. (J’en veux pour preuve l’emprunt de "Gloria" par un autre shaman de renom répondant lui aussi au doux patronyme de Morrison, celui des Doors).
Fin 66, Van Morrison quitte le groupe et se lance dans l’aventure musicale en solitaire cette fois-ci.

Astral Weeks
En 68, il n’a que 23 ans lorsqu’il signe son véritable premier album solo "Astral Weeks". Nous y voilà. C’est l’album de la transformation, celui qui va changer la face du rock et susciter tant de vocations. Enregistré aux Etats-Unis avec des musiciens de jazz, on y entend flûte, cordes, contrebasse, clavecin au travers de longues pièces hypnotiques, possédées, déchirées par sa voix de ciguë inimitable. La colère de l’Irlandais bougon, têtu et obstiné des débuts a laissé la place à l’apaisement mais aussi à la nostalgie.
"Astral Weeks" est un chef d’œuvre inépuisable, "un des cinq plus grands disques de rock jamais enregistrés" (Lester Bangs). Un éclair de pur génie dans lequel Van tutoie les étoiles, un disque religieux empreint d’extase mystique et de pure poésie à la manière de James Joyce, poète irlandais tout comme lui.
Deux années plus tard sortira "Moondance", un album moins aventureux et moins tourmenté mais beaucoup plus varié, qui fixera à jamais son style et cristallisera toutes ses influences : blues, soul, jazz, gospel. Influences que l’on retrouvera tout au long de sa discographie pléthorique (plus d’une vingtaine d’albums sur trente ans de carrière) à travers laquelle il s’évertuera à creuser le même sillon avec plus ou moins de bonheur mais avec toujours cette voix habitée, intense faisant de lui l’un des meilleurs chanteurs de soul de tous les temps.
" Je sais que certains de ses albums sont meilleurs que d’autres, mais moi je n’entends que sa voix. Une voix dont le son en lui-même est déjà une chanson, avec du volume et de l’âme. C’est pour ça que toutes les chansons de Van Morrison sont magnifiques quelle que soit la période." David Thomas (Pere Ubu). Bel hommage.
Pierre Couégnas


Discographie sélective

Them
The Story of Them (compilation)****
Van Morrison
The Best of Van Morrison (vol 1) ****
Astral Weeks ****
Moondance ****
Tupelo Honey ***
Beautiful Vision ***
Veedon Fleece ***


Qualité musicale
*** Excellent
**** Chef-d’oeuvre

 

> AVRIL 2004

BRIAN WILSON

"Le Concert :
Good Vibrations !"

Olympia – Paris -14 Mars : Brian Wilson is in town, ce qui déjà n’est pas une mince affaire en soi. Imaginez, jamais encore à ce jour, il n’avait foulé le sol français. Qui plus est pour y jouer « Smile », album concocté en 67, mais qui, pour diverses raisons sur lesquelles je reviendrai, ne verra jamais le jour.

 

Autant dire que ce dimanche-là (pur hasard du calendrier ou signe des dieux?) paraît être placé sous les meilleurs auspices pour nous permettre d’assister à une grande messe voire à un miracle musical. D’ailleurs, la présence de plus de 2000 âmes païennes venues s’agglutiner devant ce lieu mythique, boulevard des Capucines, le cœur haletant et la gorge serrée, tend à elle seule à nous confirmer, s’il en était encore besoin, de l’importance de l’événement.

Un peu d’histoire :
Brian Wilson a 24 ans lorsqu’il décide de donner une suite à « Pet Sounds », album de la maturité et chef-d’œuvre inégalé truffé d’harmonies vocales plus somptueuses les unes que les autres. Nous sommes en 1967 et cette époque voit alors les Beach Boys et les Beatles se livrer à une lutte sans merci pour l’obtention du titre tant convoité de « rois de la pop ». Malheureusement, cette surenchère sera fatale à Brian. Décidé à placer la barre toujours plus haut, il travaille seul sur ce qu’il considère comme sa grande œuvre : une symphonie juvénile adressée à Dieu (« a teenage symphony to God » selon ses propres termes) répondant au doux nom de « Smile », album réalisé à partir de collages sonores. Mais les problèmes psychiques de son auteur, les reproches des autres membres du groupe et le retard s’accumulant viendront anéantir de plein fouet ce projet démesuré. Le mythe est né.

Retour vers le futur :
Il est 20h30 pétantes lorsque le cerveau des Beach Boys investit la scène de l’Olympia accompagné d’une dizaine de musiciens pour un set acoustique, ambiance feu de camp, sorte de remake de « Beach Boys Party ». Le bonheur est total, les voix sont sublimes et les classiques s’enchaînent pour notre plus grand plaisir et ce pendant plus d’une heure.
Nous n’avons pas vu le temps passer et c’est déjà l’entracte. Une section de cuivres et de cordes avait rejoint Brian et les siens en fin de premier set, et ce n’est pas moins de dix-neuf musiciens à présent qui attendent un signe du maître pour entamer cette symphonie inachevée qui prend alors l’allure de Saint Graal.
« Our prayer », le morceau d’ouverture débute et nous voilà transportés pour quarante - cinq minutes dans un univers inconnu, découpé en trois mouvements distincts, conçu il y a près de trente-sept ans. Forcément étrange et bouleversant, mêlant psychédélisme, minimalisme, grandiloquence, astuces sonores voire bruitistes… Nous ne sommes peut-être pas prêts, mais nos enfants vont adorer. Pure magie.
Il y aura des rappels, nombreux et tubesques en diable (cf liste) pour nous permettre tout doucement de redescendre sur terre. Mais la tête est déjà ailleurs, très loin… Dans les étoiles.
Pierre Couégnas

La bio de Brian Wilson (Icônes - mars 2004)

Tracklisting du Concert de l’Olympia
Our prayer (1)
Surfer Girl
Row, row, row your boat (1)
Please Let me wonder
Welcome
All Summer long
Row, row, row your boat (2)
California Girls
Don't worry baby
God only knows
Soul Searching
Pet Sounds
Do it again


Entracte

SMILE
Our prayer (2)
Heroes and villains
Do you like worms
Barnyard
Old master painter
You are my sunshine
Cabinessence
Wonderful
Look
Child is father of the man
Surf's Up
I’m in great shape
I wanna be around
Workshop
Vegetable
Holidays
Wind chimes
Mrs O’Leary’s cow
Love to say dada
Blue Hawaii
Good Vibrations


Rappels :
Dance, dance, dance
Help me Rhonda
I get around
Barbara Ann
Sloop John B
Surfin' USA
Fun fun fun
Love and mercy

 

> MARS 2004

THE BEACH BOYS
"la vie de Brian"

Raconter de manière exhaustive l’histoire plus que mouvementée des Beach Boys et de son leader Brian Wilson sur plus d’une trentaine d’années de carrière pourrait faire l’objet d’un livre, voire de deux. Ce qui nécessiterait un arrêt complet de mes activités professionnelles (demande auprès de mon employeur d’un congé sabbatique) sans savoir si je serais en mesure de réaliser une biographie de qualité (je ne m’en crois pas capable !). De plus, je ne sais absolument pas comment, pendant la période de réalisation de cet ouvrage, je pourrai subvenir à mes besoins (six mois, un an ?).

 

Que de doutes et d’inquiétudes !
Enfin, je ne vais pas me plaindre puisqu’ après avoir évoqué précédemment pour cette rubrique des icônes, les décès de John Entwistle, bassiste des Who, et de Joey Ramone, chanteur des Ramones, faisant de moi au passage un spécialiste de la nécrologie, un oiseau de mauvais augure, voire un assureur croque-mort (ce qui me vaut entre autres quolibets et moqueries de la part de mes camarades d’association), il sera question ici d’un retour à la vie, à la lumière. La renaissance d’un génie torturé qui aurait très bien pu collaborer à l’écriture du dernier livre de Philippe Labro « Tomber sept fois, se relever huit », témoignage émouvant, évoquant à la fois sa longue dépression et le bonheur de recouvrer enfin la santé.

Les Beach Boys, c’est Michka Assayas qui en parle le mieux : « Aucun groupe américain n’a connu, dans le courant des années 60, de plus grand succès. Sous la houlette du compositeur, arrangeur et producteur Brian Wilson, cette formation vocale connut l’apogée de sa popularité vers la fin de l’année 1966 avec sa chanson « Good Vibrations ». Longtemps méprisés pour avoir incarné une certaine niaiserie californienne associée aux plaisirs de la mer, les Beach Boys commencent enfin aujourd’hui à être placés au rang qu’ils méritent : celui des plus grands créateurs du rock des années 60, à égalité avec les Beatles, grâce à leur fraîcheur, leur sens de l’invention et leur musicalité inégalée. Même si le groupe, à partir du début des années 70, a décliné jusqu’à devenir l’ombre de lui-même, il a su évoquer, à travers des chansons qui touchent au sublime, la joie explosive comme la tristesse, propres à la jeunesse » (Dictionnaire du Rock).

Tout est dit. Inutile de revenir sur la beauté de leur musique sucrée mélangeant rock’ n roll basique et harmonies vocales influencées par les arrangements a capella. Ce qui est passionnant et stupéfiant dans le personnage de Brian Wilson (californien, né le 20/06/1942), c’est d’avoir créé en 1961 un groupe pour bimbos bronzées, surfeurs bêtas passionnés par les sports de glisse et de n’avoir jamais mis les pieds à la plage.

D’avoir chanté les plaisirs de la vie au grand air, du soleil, de s’être affiché comme un champion hors-pair du bonheur et de la joie de vivre et de n’avoir connu tout au long de son existence que dépressions à répétitions, mal de vivre, troubles psychiques, alité dans sa chambre derrière des volets clos.

Un père tortionnaire, une mère alcoolique, un frère détruit par la drogue et l’alcool, mort noyé, le despotisme d’un psychiatre, une lutte fratricide, une pluie de procès… Voilà les événements dramatiques qui ont jalonné la vie de cet artisan intuitif de la musique, Beethoven primitif, qui plus est sourd d’une oreille, autodestructeur, revenu plusieurs fois de la mort et de la maladie mentale.

Quel tableau !… Ah, au fait, j’allais oublier… il y a une bonne nouvelle… il est vivant et il n’est pas content !
Il sera à l’Olympia le 14 mars prochain pour un concert exceptionnel auquel se rendra votre serviteur afin de vous donner très prochainement son dernier bulletin de santé.
Pierre Couégnas


Discographie séléctive
Brian Wilson
Brian Wilson (1988) ****

The Beach Boys
Smiley Smile ***
Party ****
Friends ***
Pet Sounds ****
Today ***
Summer Days ***
Surfin’ Safari ***
Surfin’ USA ***

Qualité musicale
*** Excellent
**** Chef-d’oeuvre

 

 

> FEVRIER 2004

THE RAMONES

Le 15 avril 2001, Joey Ramone, né en 1951, décède à l'hôpital d'un cancer à l' âge de 49 ans dont 22 consacrés corps et âme à son groupe. Un bonheur ou un malheur n'arrivant jamais seul comme le dit l'adage, Dee Dee Ramone nous quittera quelques mois plus tard. Tous deux dans l'indifférence générale.

 

Or, à l'heure où la scène New-Yorkaise est plus que jamais vivace avec les Strokes, Jon Spencer Blues Explosion et autre Liars, un coup de projecteur sous forme d'hommage aux Ramones nous paraissait indispensableafin de rétablir certaines vérités sur cette institution du rock.
En effet, ce quatuor à perfecto fut emblématique d'une époque (1976, l'explosion punk), d'un endroit (le CBGB, New York et ses groupes et artistes mythiques : Television, New York Dolls, Talking Heads, Patti Smith) mais aussi d'un état d'esprit (révolte contre l'establishment). Car le punk est bel et bien né à New York, n'en déplaise aux Anglais, et ce un an avant l'éclosion de leur groupe phare : les Sex Pistols.
Faux frères (le nom est une pure invention) mais vrais amis, les quatre pieds nickelés (Joey, chant, Johnny, guitare, Dee Dee, basse et Tommy, batterie), sont originaires de Forest Hills, un quartier du district du Queens à New York. En 1974, ils forment les Ramones. Leurs influences sont Chuck Berry, les Beach Boys, le rock garage et les bandes dessinées. Très vite, ils s'inventent une dégaine : jeans troués, baskets élimées, tee-shirt rudimentaire, blouson en cuir noir et coupe de cheveux mi-longs. Musicalement, ils feront de leurs limites un style à part entière : morceaux joués à deux cents à l'heure à un volume sonore défiant toute concurrence, n'excédant pas souvent une minute trente et reposant sur trois accords répétitifs. Quant aux textes, ils évoquent pour la plupart l'aliénation mentale ou l'amour béat avec toujours l'humour et la dérision nihilistes comme thèmes récurrents.
Pendant plus de vingt ans et ce jusqu'en 1996, l'année de la séparation du groupe, ils vont asséner leur punk rock coup de poing sur toutes les scènes du monde, forts d'albums mythiques : The Ramones, Rocket to Russia, It's alive, de brûlots incandescents : Blitzkrieg bop, Sheena is à punk rocker, Now i wanna sniff some glue ou de slogans ravageurs comme Hey ho, let's go ou autre Gabba Gabba Hey.
Cependant, et c'est tout le dilemne de ce groupe ; les Ramones n'auront jamais véritablement rencontré l'adhésion unanime du grand public et des rock critiques, les jugeant trop superficiels et trop peu sérieux à leurs yeux.
Pourtant, en ce qui nous concerne, ce manque de reconnaissance explique pourquoi les Ramones seront toujours aussi proches et aussi importants. Dans nos coeurs et nos esprits d'abord pour avoir perpétué un rock juvénile, adolescent et jouissif, répondant à l'essence même de ce qu'est le rock.
Enfin, par le simple fait que l'évocation des Ramones, outsiders au grand cœur, nous renverra toujours à nos plus belles années d'adolescence faites d'insouciance, d'innocence et de candeur.
Pour tout cela, qu'ils en soient à jamais remerciés.
Pierre Couégnas

 

> JANVIER 2004

THE WHO

UN 28 JUIN 2002 PLUVIEUX

SUR « LA PROMENADE DES ANGLAIS »

 

R. I .P
John Entwistle n’est plus. Le fabuleux bassiste des Who a quitté le monde du rock emporté par une « banale » crise cardiaque (triste ironie du sort pour celui qui était la pulsation rythmique d’un groupe incandescent, fiévreux et fusionnel).
Sombre destin au moment même où les Who, forts d’une tournée plus que réussie entamée en 2001 et qui nous les montrait plus vivants que jamais (le DVD du Royal Albert Hall en témoigne - ultime document visuel à présent et testament scénique irréprochable), s’apprêtait à reprendre la route avec la promesse d’un nouvel album attendu par les fans depuis près de 20 ans !!!

Un peu d’histoire
Tout a été dit sur les Who ou presque. Groupe londonien, symbole du mouvement mod à ses débuts et créateur d’un rock purement anglais enfilant d’innombrables brûlots punk avant l’heure (my generation, i can’t explain, substitute, anyway anyhow anywhere) et principaux rivaux des Stones au titre de meilleur groupe de rock du monde pour tous ceux qui ont eu la chance de les voir sur scène, ils furent aussi les initiateurs d’opéras rocks tels que Tommy ou encore Quadrophenia.
Formation charnelle et paroxystique emmenée par Pete Townshend, songwriter et guitariste fougueux aux prodigieux moulinets, Roger Daltrey, et ses poumons d’airain, John Entwistle, bassiste hors pair, et enfin Keith Moon, batteur extraterrestre au jeu volcanique ; ils sont ceux qui ont le plus influencé les groupes garage américains. De plus, ils ont marqué de leur empreinte indélébile le mouvement musical punk-rock tant par leur attitude d’agressivité et de rébellion incontrôlée - de « hope i die before get old » -‘’my generation’’- (hymne intemporel et symbole condensé de la frustration adolescente) à « meet the new boss same as the old boss » -‘’won’t get fooled again’ - (terrible aveu d’une révolution avortée et brisée par une société conformiste à laquelle personne ne peut échapper) - que par les furies et les fulgurances sonores ébauchées en public.(live at Leeds, Woodstock, Isle of Wight)

Epilogue
Interrogé récemment lors d’une interview sur l’importance des Who dans l’univers du rock, Pete Townshend répondait qu’il considérait son groupe comme mineur au regard des Stones et autres mastodontes Anglo – saxons. Ultime pirouette ou fausse modestie de la part de ce parolier au regard si aiguisé sur le monde et commandant en chef du combo le plus fougueux de l’histoire si tôt amputé par la mort de Keith Moon et depuis peu, par la disparition de cet être exemplaire qu’était John Entwistle ?Car il faut bien le reconnaître, intrinsèquement et ce depuis plus de trente ans, personne n’aura aussi bien incarné qu’eux tout ce qui constitue les fondements du rock au plus profond de nos tripes et par la même tout ce qui nous renvoie à nos propres vies : la solitude, le manque de communication, la frustration, la violence, la perte, l’abandon, l’urgence qu’impose la brièveté de notre existence…En somme une visite guidée dans le tréfonds de nos propres âmes.Alors, les Who simple groupe de rock ? Peut-être après tout …Mais dans notre monde uniforme et sans aspérités, à l’heure du politiquement correct et de la terrible hypocrisie de la pensée unique, c’est peu certes mais c’est déjà beaucoup.

Who’s next ?


Pierre Couégnas