> FEVRIER 2004

DECOUVERTE

J’ENTENDS PLUS LA GUITARE…

Eté 2003, sur le port de Saint-Nazaire, les nuits sont équatoriales ou presque. Les relations entre les organisateurs des Escales et les intermittents du spectacle en pleine lutte pour défendre leur régime d’indemnisation, sont tendues. Difficile de faire la fête dans ce contexte bien particulier. Les concerts s’enchaînent mais le cœur n’y est pas vraiment. L’ombre du couperet qui interromprait subitement les festivités est omniprésente. Soudain, le 8 août à 21h30, scène estuaire, un vent de folie se lève et ensorcelle les spectateurs médusés. Une révélation, un jeune quatuor électrise la traditionnelle harpe africaine et la métamorphose en kora hendrixienne. Etonnant, détonnant et simplement jubilatoire ! L’impression de voir ressusciter deux Jimi Hendrix en chair et en os, triturant non pas une guitare électrique mais la millénaire harpe mandingue, trafiquée et bardée d’effets sonores. Ces quatre Guinéens, griots d’héritage, nous interprètent l’inconnu, l’humilité, la fraternité, la veillée et rendent hommage à la plus belle des femmes : la mère. Leur album Sobolan est un dépaysement total, une très bonne entrée en matière dans cet univers musical inattendu. Mais la musique des Ba comme on les surnomme, se savoure lorsqu’on la voit exécutée sur une scène surchauffée. Un son urbain décapant, aussi précurseur que celui du Mory kanté des jeunes années. F.P.
BA CISSOKO «Sabolan» (Marabi/Mélodie Distribution). Déjà dans les bacs.
Site web : www.marabi.net

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TALENT

Lhasa "The Living Road"

Laissez-moi vous présenter une artiste pas comme les autres. C’est en 1997, au Québec, que j’ai connu la chanteuse Lhasa De Sela. Je l’ai connue tout d’abord à travers son album « La Llorona » (la pleureuse), et suis entrée complètement sous son emprise en la voyant en concert dans une petite salle de concert à Québec cette année là. La magie de sa musique, ses paroles, son style (empreints de poésie, de contes, de mélancolie, de voyages) sont fortement liés parcours hors du commun de Lhasa. En premier lieu, ses origines : son père, d’origine mexicaine, écrivain de profession, et sa mère, américaine, actrice puis photographe. Pendant sept ans, ce couple et ses quatre filles -dont Lhasa- va sillonner les Etats-Unis et le Mexique en bus (leur servant également de maison). De cette vie nomade, où l’éducation de ces enfants se fait à travers les livres, les contes, les découvertes liées aux voyages, en découle une Lhasa ouverte au monde, certainement plus mâture que la plupart des enfants de son âge. A treize ans, le bus s’arrête à San Fransico. Lhasa va alors développer sa voix dans les cafés en chantant des refrains jazz et des mexicains. Depuis, la petite fille a bien grandi. Après « La Llorona », son nouvel album « The Living Road » reste en continuité avec l’esprit de Lhasa. Les chansons y sont interprétées en français, anglais et espagnol. La musique, agrémentée entre autre de piano, de clarinette, de violoncelle, de violon, de percussions, etc., est interprétée par François Lalonde et Jean Massicotte. Mais je vous laisse découvrir ce petit bijou, où la voix particulière de Lhasa vous emmènera sans doute dans ses nombreux voyages… C.H.
Sites web :
http://mapage.noos.fr/weblhasa/v2/portrait/fr_portrait.html
http://www.audiogram.com/artist/lhasadesala/
Un conseil : Allez la voir en concert !

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DECOUVERTE

 

KAOLIN… QUATRE MONTLUCONNAIS DANS LE VENT

En géologie, le Kaolin est l’argile friable et réfractaire qui permet de fabriquer la porcelaine. Musicalement, c’est le nom de cette formation de quatre musiciens issus de la scène de Montluçon qui devrait faire parler d’elle avec ce second album Retour dans les criques, un disque sur lequel a œuvré le talentueux Dave Fridmann, producteur-magicien d’Oz et complice sonore des Mercury Rev, Sparklehorse et autres Flaming Lips… Le résultat de cette collaboration est renversant. Entre chanson pop et rock sophistiqué, le groupe nous livre avec ce deuxième opus, un éventail plus large de ses possibilités en matière d’écriture, de composition et d’interprétation. Après l’album Allez produit par Les Valentins en 2002, un premier essai plutôt encourageant ; De retour dans nos criques est une des premières surprises de ce début d’année 2004, un disque qui devrait vite trouver son public. Comment ne pas tomber sous le charme de cette nonchalante mais néanmoins ensorcelante Shalem ? Pourquoi ne pas se laisser emporter par l’onde harmonieuse de ces criques aux promesses De retour dans nos criques et que penser de ces Caraïbes musicalement captivantes ? F.P.
KAOLIN De retour dans nos criques
(Barclay/Universal) - sortie prévue le 10 février
Site web : www.kaolin-lesite.com

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TALENT

LA RESSURECTION DE DANIEL (DARK VADOR)

Vous avez lu l’histoire de Jesse James ? Et celle de Johnny Thunders et de Kurt Cobain ? Ça vous a plu, hein ? Vous en demandez encore… Eh bien écoutez l’histoire de Daniel Darc, même si elle vous crève le cœur… Ou plutôt non, ne l’écoutez pas. Pourquoi ? Parce qu’il y en a marre de rendre romantique les parcours sordides des junkies repentis et des alcoolos post-désintox. On efface presque tout et on repart à zéro : l’ex-Taxi-Girl, Daniel Darc a choisi le parti des vivants parce qu’il en avait marre d’être inscrit au fichier des zombies. Comme Daniel Darc le dit : la mort n’est romantique que pour ceux qui survivent !.
Notre ami, inscrit aux abonnés absents de la chanson depuis presque dix ans, nous revient de son long pèlerinage du côté obscur et nous offre un nouvel album : Crève cœur, qu’il a réalisé avec Frédéric Lo, un complice que nous connaissons bien puisqu’il a accepté une invitation en Subsession à Tulle, le 9 décembre 1997.
Que dire de ce disque ? Qu’il est l’œuvre de deux écorchés vifs, de deux auteurs-compositeurs-interprètes qui ont traversé plusieurs saisons en enfer avant de réapparaître presque intactes. L’écriture s’en ressent, mais le verbe est toujours vivace, acerbe et atteint sa cible à tous les coups. Daniel Darc est toujours cet amant délaissé, mais il n’en reste pas moins un poète des temps modernes comme Richard Brautigan, Léos Carax et consort… Un mythe vivant dans l’histoire de la pop et du rock français des années 80. Crève cœur est un coffre à bijoux qui recèle de magnifiques chansons… La pluie qui tombe, La main au cœur, Je me souviens, Je me rappelle, Mes amis (tour à tour), Un peu c’est tout, Jamais, Jamais, l’illuminée Psaume 23, Rouge rose écrite à l’origine pour le dernier disque de Dani, et une relecture du refrain de la chanson Me voilà de Frédéric Lo, sorti en 1997, revu et transformé en Elégie # 2 pour Crève cœur. Il y a comme un air de Rédemption chez Daniel Darc qui offre ici, à chacun la possibilité de lire et d’écouter son cœur comme un recueil de poésie grand ouvert. F.P.
DANIEL DARC «Crève cœur» (Mercury/Universal) - Sortie prévue le 24 février 2004
Site web : www.danieldarc.net

PS : Plus qu’une chronique, ce petit papier est l’occasion de dire à ces deux êtres d’exception (Daniel et Frédéric), l’affection que leur portent les fondateurs de SUBCULTURE. En souvenir de ces moments passés ensemble à Tulle : Bonne chance à ce disque de très belles chansons…

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NOUVEAUTE

 

 

 

 

 

 

 

 

 


L’INTEMPOREL BREL EN VERSION ANGLO-SAXONNE

Comme le dit la biographie : on oublie souvent que Jacques Brel était citoyen belge, sans doute parce que dans tous les esprits son œuvre est l’une des plus célèbres et des plus sanctifiées de la Chanson française majuscule. Bien avant Serge Gainsbourg, il a été l’artiste francophone qui a le plus fasciné la création de l’autre côté de la Manche et de l’Atlantique. On ne compte plus aujourd’hui, le nombre de ses chansons qui ont fait l’objet de réadaptation en langue anglo-saxonne. Cette collection de chansons de Brel en langue anglaise revisite parmi les reprises les plus populaires, mais révèle au grand jour des interprétations beaucoup moins connues. Bien sûr, on y retrouve des artistes aussi éloquents et expressifs que Brel lui-même, des artistes cultivant comme lui, une certaine forme de théâtralité comme Scott Walker, David Bowie, Neil Hannon de The Divine Comedy mais aussi Marc Almond. Ainsi, Scott Walker reprend deux titres : Mathilde et The Girl & The dogs ; David Bowie accoste sur le fameux port d’Amsterdam, Neil Hannon fait des miracles avec sa relecture de Jackie (vu en 1993 en live sur scène de la Cigale, lors de sa première apparition en France, stupéfiant…) et Marc Almond attire l’attention avec son interprétation d’une Litany for a return. Ce disque est aussi l’occasion de découvrir des covers comme celle de Nina Simone avec The Desperate Ones ou deux versions totalement différentes de If you go away (intimiste à la manière d’une Bjork chez Emilianna Torrini, mi-francophone, mi-anglophone chez Dusty Springfield) et un anecdotique Terry Jacks s’attaquant au Moribond qui devient Seasons in the sun. Et bien d’autres… Next comme le dit la chanson… Même le groupe Placebo, absent sur ce disque, s’est attaqué dernièrement au même exercice… Brel est irrémédiablement encore présent dans l’inspiration d’aujourd’hui. F.P.
JACQUES BREL Next (Barclay/Universal)- Prochainement dans les bacs.

BREL – L’INCONTOURNABLE

L’occasion de (re)découvrir les classiques de Brel remasterisés avec Amsterdam, Le plat pays, Ne me quitte pas, La chanson des vieux amants, Quand on a que l’amour… Mais surtout, les cinq inédits : L’amour est mort, La cathédrale, Mai 40, Sans exigence, Avec élégance ; chansons non abouties que Jacques Brel devaient retravailler, mais dont les ayant droits de la fondation en ont décidé autrement… A vous de faire votre propre critique… F.P.
JACQUES BREL Brel Infiniment (Barclay/Universal) - Déjà disponible dans les bacs

Site web : www.jacquesbrel.be

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CQFD




RADIOHEAD COMME VOUS NE L’AVIEZ JAMAIS IMAGINE ET ECOUTE !

Christopher O’Riley, jeune pianiste américain qui s’est déjà produit à Londres, Paris, Vienne, Hong Kong mais aussi à Melbourne en Australie, n’a pas choisi la facilité pour son dernier enregistrement. En effet, s’il figure parmi les meilleurs nouveaux talents dans le secteur de la musique classique (interprétant des œuvres de Stravinsky, Ravel, Beethoven, Bach avec brio), il a aussi travaillé à la retranscription d’œuvre de l’Argentin Pablo Ziegler, mais aussi d’Astor Piazzolla autour du tango…. Il n’interprète ici, aucune œuvre du répertoire et préfère se consacrer à l’héritage de l’un des groupes de rock les plus intrigants de ces dix dernières années : Radiohead. Sur cet enregistrement figurent ainsi 15 titres parmi les plus connus du groupe anglais Karma Police, Airbag, Let Down, Fake Plastic Trees, Exit Music (For a film), True Love waits, Everything in its right place…, réinterprétés par ce pianiste aux multiples horizons musicaux. Touchant ainsi à un mythe vivant du rock contemporain, Christopher O’Riley ne s’est pas contenté de retranscrire les chansons à l’oreille, il les a complètement réécrites pour piano solo, travaillant à partir des accords des chansons. Christopher O’Riley atteint l’essentiel des chansons de Radiohead dans ces transcriptions, le cœur des mélodies, et retrouve la fraîcheur première de ces 15 titres. Il réussit par-dessus tout à respecter tout au long de ce disque l’identité Radiohead, l’essence même du groupe, ce mélange inédit d’exaltation et de malaise. Un exercice de style époustouflant, un disque envoûtant et à la fois, une démarche symbolique : une étoile naissante de la musique classique traverse la galaxie rock pour la magnifier et confirmer une fois de plus la stature de ce quintet de rock hors normes, capable de composer une musique complexe et déstructurée, tout en restant populaire et accessible. F.P.
CHRISTOPHER O’RILEY «True Love Wait» (Odyssey/Epic/Sony) - Déjà disponible dans les bacs
Site web : www.christopheroriley.com

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