> JUIN 2004


BONUS


Une autre Amérique

De cette Amérique que l’on croit recroquevillée sur ses angoisses, obsédée par ses cauchemars, nous parviennent régulièrement de belles surprises. Rien qu’au rayon chanteuses folk, Gillian Welch, Mary Gauthier, Paula Frazer ou Jesse Sykes nous ont transmis depuis 2001, de magnifiques albums témoignant ainsi de messages remplis d’espoir. Pour le millésime 2004, voilà deux nouvelles recrues à découvrir absolument : Laura Veirs et Natalie Merchant.
Laura Veirs vient de ses montagnes Rocheuses, s’est installée sur la côte pacifique à Seattle et ce n’est pas par hasard. Ancienne étudiante en géologie, elle en a gardé dans l’écriture de ses chansons une exaltation des grands espaces et une admiration pour les éléments naturels (l’eau, la glace, la mer). Inspirée également dans cet album par Moby Dick (son père est baleinologue) et plus particulièrement par les dessins qui l’ont véritablement transportés, illustrant une édition datée de 1930 du livre d’Herman Melville.
« Carbon Glacier » est un album admirable de dépouillement et d’inventions sur lequel souffle la tradition folk-rock avec son arsenal d’instruments (banjo, piano, percussions, vibraphone, violon) mais juste la dose qu’il faut de tradition. Elle a su tailler à petits coups de burin dans l’ancestrale mémoire musicale américaine pour en faire ressurgir la modernité, pas mal d’impertinence et avec une classe indéfectible.
Parmi ces treize titres magnifiques, petites perles folk teintées de blues, on retiendra « Rapture » chanson d’une précieuse fluidité dans laquelle elle rend un hommage discret à Kurt Cobain, « Shadow Blues » sur laquelle sa voix est si pure, si claire et où les cordes se libèrent dans d’étincelantes cascades, « Blackened Anchor » avec ses guitares presque « nirvanesques » ou « Riptide » qui nous emporte vers de lointains no man’s lands. A noter que l’ombre de Nirvana plane aussi sur cet album avec la présence sur ce dernier titre notamment de la violoncelliste Lori Goldson qui les accompagnait sur leur « Unplugged ».
Rares sont les albums qui dès la première écoute donnent cette impression de perfection, comme s’il s’agissait d’une flopée de compositions gravées dans le marbre de l’inconscient collectif, un album déjà classique ni plus ni moins, comme s’il avait toujours existé à nos côtés pour jaillir soudainement des profondeurs de la terre, tel un volcan endormi, afin d’en révéler les plus beaux diamants.
Passé plus inaperçu que celui de Laura Veirs, le dernier album de Natalie Merchant n’en est pas moins attachant. Trois ans après l’excellent « Motherland », l’ex-chanteuse des 10 000 Maniacs s’invite en belle compagnie avec cet album de reprises « The House Carpenter’s Daughter ». Elle est allée piocher dans sa collection de musique folk traditionnelle ou contemporaine pour y dénicher quelques petites pépites comme le superbe « Crazy Man Mickaël » de Fairport Convention ou « Bury Me Under The Weeping Willow » de la Carter Family.
Petit bijou de sensibilité, cet album file léger et souple mêlant habilement folk acoustique et douces injonctions électriques parfumées de blues. La voix frémissante et sensuelle de Natalie Merchant et la simplicité des arrangements donnent à cette portée de chansons au teint frais, spontanées, touchantes, aérées et sautillantes, un tel apaisement des sens que cet album en devient immédiatement séduisant. J.M.
LAURA VEIRS « Carbon Glacier » (Bella Union/V2)
NATALIE MERCHANT
« The House Carpenter’s Daughter » (Myth America Record/Harmonia Mundi)

BO CINEMA

THE NO SMOKING ORCHESTRA VERSUS EMIR KUSTURIKA

Les musiques des film d’Emir Kusturica sont toujours chargées en émotion et sont synonymes de dépaysement. Son nouveau film La vie est un miracle est dans les salles depuis sa récente présentation en sélection officielle au Festival de Cannes dernier. Bien que celui-ci n’est obtenu aucun prix, cette histoire de chemin de fer touristique sur fond de guerre est toujours portée par l’œil et la main du maître. Ce disque est une façon de prolonger notre plaisir visuel et surtout auditif … et de continuer à croire que la vie est un miracle. F.P.
THE SMOKING ORCHESTRA & EMIR KUSTURICA BO du film La vie est un miracle (Barclay/Universal)

BLUES-ROCK


LA FEMME EST L’AVENIR DU BLUES-ROCK

(Pat)ricia Smith et (P)olly (J)ean Harvey sont deux créatrices incontournables du blues rock international. Si Patti Smith est New-Yokaise, fille d’une chanteuse de jazz, PJ Harvey, elle, est issue d’une famille hippies, originaire du sud de l’Angleterre. Quand l’une devient une artiste essentielle avec son chef-d’œuvre Horses en 1975, l’autre passe une enfance paisible avec ses parents qui idolâtrent Bob Dylan et qui organisent des concerts de blues et de jazz au village, accueillant des musiciens à la maison. Si leur situation géographique est diamétralement opposée, leur vie respective semble être accompagnée d’une bande son musicale perpétuelle et d’une véritable frénésie pour la religion. Patti Smith et PJ Harvey ont bien d’autres similitudes comme leur androgynie, leur passion des livres, de la peinture et des arts en général. Fin avril dernier, Patti Smith, discographiquement silencieuse depuis quatre ans, faisait un retour médiatique avec Trampin, un disque aux accents de peace, love & Harmony en réaction à la politique menée par le président Bush junior. Une œuvre revêche comme pour mieux réveiller les esprits endormis. Elle y attaque par un Jubilee qui sonne garage-rock, elle enchaîne avec des ballades déjà incontournables sur les ondes Mother Rose, Cartwheels puis elle alterne entre les tempêtes et les accalmies musicales comme des coups de gueules ou des coups de spleen. Patti Smith et son groupe (Lenny Kaye, Jay Dee Daugherty, Oliver Ray et Tony Shanahan) continuent à imposer son excellence dans le paysage blues-rock / folk-rock contemporain. De son côté, PJ Harvey effectue un retour très attendu à la suite de son monumental Stories from the city, stories from the sea qu’elle nous a livré en 2000, mais cette fois-ci, elle s’est débarrassée des fioritures. Uh huh her est l’envers du décor d’une PJ Harvey, belle-fille idéale. Le côté sombre, brut et épuré reprend le dessus comme à l’époque de Dry ou 4-Track demos. Un disque de folk-rock intense et imprévisible . Il ne vous reste plus qu’à apprivoiser ses nouveaux titres Shame, Who the fuck, The letter, The slow drug , The end pour dompter cette œuvre chevaleresque Uh huh her, toujours produite par Rob Ellis et Mick Harvey. La femme n’est pas uniquement l’avenir de l’homme, elle est aussi celle qui s’aventure sur les sentiers inconnus de la création comme pour mieux pour se mettre en abîme.F.P.
PJ HARVEY Uh huh her (Island/Universal)
PATTI SMITH
Trampin (Columbia/Sony Music)
Déjà dans les bacs
PJ Harvey en concert, le 23 juin à Paris-Zénith – le 1er Juillet au Festival de Fourvières (Lyon) – le 3 Juillet aux Eurockéennes de Belfort
Patti Smith en concert, les 7 et 8 juillet à Paris (Bataclan) – le 21 au Nice Jazz Festival et le 24 Juillet aux vieilles Charrues à Carhaix

HOMMAGE

BRASSENS, LES COPAINS D’ABORD

Miossec, Yann Tiersen, Keren Ann… Ils étaient quasiment tous présents, en cet automne 2001, sur un album hommage Les Oiseaux de Passage qui commémorait les vingt ans de la disparition de Georges Brassens. La jeune garde rock de la chanson française voulait ainsi montrer son respect et son attachement à celui que l’on a souvent trop brièvement qualifié de poète, mais qui en réalité était beaucoup plus que cela. Brassens, c’était aussi l’expression d’une liberté ; un chroniqueur du réel ; et un phrasé vocal inimitable… Ce que prouvent encore aujourd’hui les 24 chansons réunies sur ce disque. Mais c’est aussi l’occasion d’exploiter à nouveau le fond de catalogue d’une figure emblématique de la chanson française dont dispose une maison de disque … Les ayants-droits n’ont plus beaucoup de scrupules aujourd’hui. Pour les retardataires ou pour les nouvelles générations… F.P.
GEORGES BRASSENS Best Of
Les Copains d’abord (Mercury/Universal)

MYTHE

MORRISSEY, THE KING IS ALIVE

En 1986, le leader des Smiths chantaient The Queen is dead. Aujourd’hui, Morrissey est bel et bien vivant. Sans donner de véritables nouvelles depuis son dernier concert à Paris, le 30 septembre 2002 à l’Olympia, où il avait cassé la baraque en remplissant cette salle mythique plus vite que Bryan Ferry, une rumeur persistait sur les difficultés qu’il rencontrait pour trouver une maison de disque. En effet, comme à son habitude, Morrissey souhaite avoir le contrôle sur tout et l’industrie du disque ne l’entend plus toujours de la même oreille. Le pari relevé par Sanctuary Records est d’ores et déjà récompensé à plus d’un titre : You are the quarry est l’une des plus grosses ventes jamais réalisée par Morrissey et même les Smiths ; et cet album, qui interrompt sept années de silence, est tout simplement prodigieux. Mozzer, que l’on croyait définitivement perdu, vient de refaire surface avec un disque lumineux, produit par Jerry Finn (Blink 182, Green Day) où l’on peut entendre des nouvelles chansons qui s’apparentent à de vrais instants de bravoures contre lui-même, contre l’Establishement, et le monde qui l’entoure La voix de Morrissey est intacte et la justesse de son chant semble atteindre ici, encore un niveau supérieur. You are the quarry est le disque d’un émigré mancunien solitaire qui observe depuis sa tour d’ivoire, la patrie de l’Oncle Sam et qui relève tous ces travers. America is not the world, The world is full of crashing bores, I’m not sorry, All the lazy dykes, How can anybody possibly know how i feel ? sont autants d’instantanées musicaux qui magnifient l’écriture de cet éternel poète de la pop-music. S’il ne fallait retenir qu’un titre de cette résurrection, ce serait sans hésitation : I have forgiven Jesus. Ce disque est le compagnon idéal comme bande musicale pour cet été 2004. F.P.
MORRISSEY You are quarry (Sanctuary/bmg). Déjà dans les bacs

Sites internet :
www.morrisseymusic.com
www.sanctuaryrecordsgroup.co.uk

TALENT

NADA SURF ON THE NEW WAVE

Matthew Caws, Daniel Lorca et Ira Elliot composent le trio New-Yorkais Nada Surf qui compte trois albums à son actif : High/low , Proximity Effect , et Let Go. Depuis quelques mois, un live In Brussels est paru, retraçant l’esprit de la grande tournée internationale que le groupe a effectué en 2003. Avec ce dernier, Nada Surf rend hommage à sa façon à tous les groupes avec lesquels ils ont grandi (The Modern Lovers, Big Star, New Order, etc.), ainsi qu’à leurs acolytes d’aujourd’hui (Flaming Lips, Guided by voice, Frank Black, Teenage Fanclub, etc.), prenant le meilleur du rock et le meilleur de la pop pour l’interpréter à leur façon. Un disque éblouissant avec des versions en concert de Inside Of Love, Blizzard of 77, Popular et Stacemate qui s’égare sur les traces d’un Love Will tear Us Apart improvisé de Joy Division… De quoi nous faire regretter encore plus leur rendez-vous manqué de Sédières. Live In Brussels est une mince consolation, en attendant leur prochaine venue en Corrèze. F.P.
NADA SURF Live In Brussels (Labels/Emi-Music). Déjà dans les bacs – Existe aussi en DVD

Site internet : www.labels.tm.fr/nadasurf
www.nadasurf.com
CULTE


EGERIE INITIALS J.B.

Aujourd’hui, il est devenu important pour les icônes de la chanson d’hier de pouvoir s’afficher au côté de la nouvelle scène française actuelle, ou vu sous un autre angle, il est bien senti que les nouveaux talents soient, en quelque sorte, parrainés par leurs pairs. Après le discutable Arabesque, Jane Birkin fait son grand retour avec un nouvel album au concept moins original qu’il n’y paraît ; en tout cas dans la forme, mais qu’il l’est beaucoup plus dans le fond grâce au prestigieux casting que celle-ci a su mobiliser autour de son nom et de ce projet. Rendez-vous est un disque contenant 14 duos inédits avec pour fil conducteur : la présence et la voix inimitable de Jane Birkin, la Chérie Jane éternelle de Serge Gainsbourg. Pour en revenir au casting, Jane Birkin est peut-être l’une des rares à pouvoir réunir autour de son nom, des artistes tels que Brian Molko, Manu Chao, Beth Gibbons, Bryan ferry, Paolo Conté, Françoise Hardy, Alain Souchon, Etienne Daho, Miossec, etc… L’album ouvre sur le titre Je m’appelle Jane en duo avec Mickey (3D), déjà maintes fois matraqué sur les ondes, mais dont on a du mal à se lasser pour l’impertinence d’écriture de Mickael Furnon et la répartie d’une Jane Birkin joueuse et en pleine forme. On peut tout aussi bien saluer les duos de Jane et Miossec qui reprennent Pour un flirt avec toi, de Jane et Manu Chao qui chantent à tue-tête Te souviens-tu ?, le Smile de Jane et de Brian Molko, mais surtout les duos magnifiques de Jane et de Beth Gibbons avec le titre Strange Melody ou de Jane et de Feist avec le titre The simple story, qui confirment l’immense talent d’interprète de Jane Birkin, lorsqu’elle chante dans sa langue maternelle. On en viendrait presque à regretter qu’elle ne l’est pas fait plus tôt et plus souvent. A découvrir, ne serait ce que pour l’entendre chanter dans sa langue natale. Etonnant.
JANE BIRKIN Rendez-vous (Capitol/Emi-Music). Déjà dans les bacs

Site internet :
www.janebirkin.net
www.anno.co.uk

BIRKIN/GAINSBOURG FOR EVER

A la demande de son ancienne maison de disque et parallèlement à ce nouvel album signé chez Emi, une compilation des morceaux phares qu’elle a enregistrée sous l’aile de son mentor Serge Gainsbourg vient de faire son apparition dans les bacs. Un disque supplémentaire, un pillage de plus pour une exploitation commerciale diront les mauvaises langues, un témoignage indispensable leur répondront les inconditionnels. En fait, cette compilation permet une fois de plus de s’immerger dans l’œuvre de Gainsbourg et d‘appréhender le duo de l’artiste et de sa muse. Tous les chefs-d’œuvre y passent : Je t’aime moi non plus, La décadanse, Di doo dah, My chérie jane, Ex-fan des sixties, Baby alone in babylone, Quoi, La chanson de Prévert en live au Casino de Paris, La gadoue des moins connues comme Mon amour baiser, La chanson du film slogan, Banana boat, Bébé gai, Lost song, Rien pour rien, Si ça peut te consoler, et le summum restera cette chanson prémonitoire qui lui a offerte : Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve. Gainsbourg aura cette suprême élégance de donner le dernier mot aux femmes. Comme toujours. Après son propre album Birkin, Bambou et Paradis auront un droit de réponse. Et sur sa tombe, ce sinistre jeudi 7 mars 1991 où il est temps de s’en aller dormir dans l’humus du cimetière Montparnasse, c’est Catherine Deneuve qui lira, face au cercueil, les vers de Fuir le bonheur qu’il ne se sauve. Malgré la vie de patachon que l’on prête à Serge Gainsbourg , Jane Birkin restera à jamais indissociable de son œuvre.
JANE BIRKIN Best Of (Mercury/Universal)
Jane Birkin sera présente au Festival de Chanteix «Chanteix Chante », le 6 Août 2004 sous le Grand Chapiteau à 22h00.

SURPRISE

LILLE 2004 , CAPITALE EUROPEENNE DE LA CULTURE

2004, 10 nouveaux pays entrent dans la communauté Européenne et bientôt, nous allons nous rendre aux urnes pour élire nos représentants au parlement de Strasbourg. Tout cela pour vous dire que ce disque est un témoignage de Lille 2004, comme si vous y alliez, comme si vous y étiez, comme si vous en reveniez… Un voyage musical contacté par la maison de disque Barclay où vous pourrait y découvrir Feist, Gotan Project, Goran Bregovic, Howie B, Magyd Cherfi, Tiken Jah Fakoly Rachid Taha et Terry Callier. Un monde parallèle sonore comme une découverte de terres inconnues. En effet, le nord c’est un peu le pôle nord pour les gens du Limousin.

MONDE PARALLELE Lille 2004 (Barclay/Universal). Déjà dans les bacs

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